50ᵉ Assemblée générale de la FANAF : Le Sénégal, entre ambition présidentielle, rayonnement intellectuel et distinctions honorifiques

Les lampions se sont éteints sur les festivités du cinquantenaire de la FANAF, tenu à Abidjan, en terre ivoirienne, là même où tout a commencé, un jour de mars 1976, à Yamoussoukro. Cinquante éditions, un demi-siècle de vie fédérative…
Les lampions se sont éteints sur les festivités du cinquantenaire de la FANAF, tenu à Abidjan, en terre ivoirienne, là même où tout a commencé, un jour de mars 1976, à Yamoussoukro. Cinquante éditions, un demi-siècle de vie fédérative ininterrompue, le fait mérite d’être souligné tant il est rare, sur le continent africain, de voir une organisation professionnelle traverser cinq décennies avec une telle constance dans la démocratie interne, dans le renouvellement de ses dirigeants et dans la prise en charge des problématiques structurantes de son secteur.
Au-delà de la célébration, ces assises ont été le théâtre d’élections disputées, de panels de haut niveau et de distinctions honorifiques qui, ensemble, dessinent un tableau contrasté mais riche de la participation sénégalaise. Car si le Sénégal n’a pas décroché la présidence, il a imprimé sa marque, profondément, visiblement, durablement, sur le contenu comme sur la forme de cette assemblée historique.
Une élection présidentielle à trois, dans les règles de la démocratie fédérative
L’enjeu politique majeur de cette assemblée résidait dans le renouvellement du Bureau exécutif et, singulièrement, dans l’élection de son président. Trois candidatures se sont présentées devant les délégués : celle de Mamadou Koné, Directeur général de SanlamAllianz Côte d’Ivoire, Président de l’Association des Sociétés d’Assurances de Côte d’Ivoire (ASACI) et vice-président du Patronat, celle d’Eveline Fassinou, Présidente du conseil d’administration de Sunu Assurances Bénin et celle de Mamadou Faye, Directeur général de SEN Assurance Vie, vice-président de la FANAF, qui portait les couleurs du Sénégal.
À l’issue du scrutin, c’est Mamadou Koné qui l’a emporté, devant Eveline Fassinou, classée deuxième, et Mamadou Faye, troisième. Un résultat qui, au-delà des personnes, s’explique par la convergence de plusieurs facteurs objectifs qu’il convient d’analyser sans passion.
D’abord, la règle non écrite mais profondément ancrée dans la culture de la FANAF veut que la présidence alterne entre les deux grands pôles géographiques de la Fédération : l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale. Or, le dernier président ouest-africain était précisément un Sénégalais, Adama Ndiaye, actuel Directeur général de la Société Sénégalaise de Réassurance (SEN-RE), qui a dirigé la Fédération de 2014 à 2020 pendant deux mandats consécutifs. Reconduire un candidat du même pays, si tôt après cette présidence, constituait un handicap structurel que les qualités personnelles de Mamadou Faye, aussi réelles soient-elles, ne pouvaient aisément surmonter.
Ensuite, la Côte d’Ivoire n’avait plus occupé la présidence de la FANAF depuis le mandat de Jean Kacou Diagou, entre 1990 et 1996, soit trente ans d’absence du sommet de la Fédération. Pour un pays qui a vu naître la FANAF, qui en héberge le plus grand marché de la zone franc et qui accueillait de surcroît l’assemblée du cinquantenaire, la symbolique d’un retour au premier plan était puissante.
À ces facteurs structurels s’est ajouté un élément décisif : le soutien actif et assumé des autorités ivoiriennes à la candidature de Mamadou Koné. Le gouvernement de Côte d’Ivoire, pleinement conscient de l’enjeu stratégique que représente la présidence de la FANAF pour son secteur financier et pour son rayonnement régional, a apporté un appui logistique, diplomatique et politique sans équivoque au candidat national. Ce soutien institutionnel, mobilisé en amont et pendant les assises, a contribué à fédérer autour de sa candidature un nombre significatif de délégations. Il traduit une réalité que les marchés concurrents gagneraient à méditer : lorsqu’un État fait de l’assurance une priorité et accompagne ses champions avec détermination, les résultats suivent dans les urnes comme dans les chiffres d’affaires.
Enfin, c’est le projet porté par Mamadou Koné, plus que sa seule nationalité, qui a su fédérer les suffrages. Sa vision d’une FANAF modernisée, inclusive et résolument tournée vers la transformation numérique et la souveraineté assurantielle africaine a rencontré l’adhésion d’une majorité de délégués, jeunes dirigeants, formés en Afrique et ailleurs, qui ont compris que c’est à leur génération, et non celle d’avant, de tracer ensemble l’avenir de l’assurance africaine.
« Ce n’est pas la personne qui a perdu, c’est le contexte qui a tranché. Les qualités intrinsèques de Mamadou Faye, homme et professionnel, n’ont jamais été en cause. »
Il faut d’ailleurs noter qu’aucun pays de la zone n’a le monopole de la présidence : le Bénin, le Togo, le Niger, le Mali, pour ne citer que ces voisins, n’ont jamais accédé à la magistrature suprême de la Fédération. L’alternance géographique reste un facteur déterminant dans une organisation qui se veut le miroir de la diversité de ses vingt-neuf pays membres, dont le cœur vibrant est constitué des quatorze pays de l’espace CIMA.
Il convient d’encourager Mamadou Faye à poursuivre son engagement au service de l’assurance africaine. Comme l’a rappelé le nouveau président dans son allocution de clôture, la FANAF aura besoin de toutes les compétences, de toutes les intelligences, de toutes les bonnes volontés. Le temps de l’élection est passé ; celui de la construction collective commence.
Un Sénégalais entre au Bureau exécutif : la percée d’El Hadj Amar Kébé
Si la présidence a échappé au Sénégal, les urnes ont en revanche consacré l’entrée remarquée d’El Hadj Amar Kébé au sein du Bureau exécutif de la FANAF. Cadre sénégalais dans la quarantaine, El Hadj Amar Kébé dirige actuellement AXA Sénégal. Son élection ne doit rien au hasard.
Amar, comme on l’appelle affectueusement, depuis ses années de Prytanée militaire de Saint-Louis, dont il était membre de l’équipe des « génies en herbe », championne du monde est reconnu pour son sérieux, sa connaissance fine du marché, son entregent et surtout les dossiers structurants qu’il a eu à piloter, tant pour le compte de la Fédération Sénégalaise des Sociétés d’Assurances (FSSA) dont il est le 1er Vice-président, pour la FANAF qui sollicite souvent son expertise en matière de sinistre, qu’en sa qualité de président du Conseil des Bureaux de la Carte Brune CEDEAO. Il incarne, du haut de ses 25 années d’expérience, cette nouvelle génération de dirigeants africains de l’assurance : décomplexés, compétents, connectés, ambitieux et impatients de transformer leur secteur.
Sa présence dans le Bureau garantit au Sénégal une voix au cœur de la gouvernance fédérative et lui confie la responsabilité d’accompagner Mamadou G. K. Koné dans la matérialisation de sa vision et de ses projets. C’est un signal positif pour le marché sénégalais tout entier.
Panels et expertises : la contribution intellectuelle de premier plan du Sénégal
Au-delà du volet électoral, c’est sur le terrain du contenu pédagogique et de la réflexion sectorielle que la délégation sénégalaise a brillé avec le plus d’éclat. Sur les quatre panels que comptait l’assemblée générale, trois ont vu intervenir des professionnels sénégalais, une proportion qui en dit long sur la densité du vivier d’expertise que recèle le marché dakarois.
Adama Ndiaye, éminent expert de l’assurance, a livré une présentation unanimement saluée sur le bilan et les perspectives de la FANAF, articulée autour de trois axes directeurs : la genèse de la Fédération, ses accomplissements à ce jour et les trajectoires d’avenir. Son intervention, structurée avec une rigueur intellectuelle remarquable, a dégagé des pistes concrètes qui ont d’ores et déjà fait l’objet d’articles spécialisés dans la presse sectorielle.
Mamadou Faye, candidat malheureux à la présidence mais panéliste applaudi, est intervenu sur le thème crucial de la régulation comme levier de développement. Son analyse a mis en lumière les tensions fécondes entre protection des assurés, exigences prudentielles et nécessité de libérer les énergies du marché pour que tous les acteurs, quelle que soit leur taille, puissent y trouver une place, une réflexion qui prolonge les travaux en cours sur la révision du Traité CIMA.
Ndiouga Kandji, Directeur fondateur du Cabinet de conseil SOREC, professionnel aguerri de l’assurance depuis plus de 40 ans, a quant à lui traité du règlement des sinistres comme levier de développement de l’assurance, un sujet qui touche au cœur de la confiance du public envers le secteur. Son intervention a rappelé avec force que l’assureur ne vaut que par sa capacité à tenir sa promesse au moment du sinistre, et que la rapidité et l’équité du règlement, renforcées par le recours à l’intelligence artificielle, sont les premiers ambassadeurs de la profession.
« Sur les quatre panels de l’assemblée, trois Sénégalais sont intervenus. C’est dire que notre secteur regorge de ressources humaines de qualité que le pays gagnerait à mieux valoriser. »
Distinctions ivoiriennes : quatre Sénégalais honorés dans l’Ordre national du Mérite
La Côte d’Ivoire a voulu profiter de la solennité du cinquantenaire pour distinguer les personnalités qui ont marqué l’assurance africaine de leur empreinte. Parmi les vingt-trois récipiendaires, dont huit non ivoiriens, la présence sénégalaise a été particulièrement notable.
Au grade de Commandeur dans l’Ordre national du Mérite ivoirien, deux Sénégalais figurent parmi les cinq personnalités distinguées :
- Adama Ndiaye, ancien président de la FANAF (2014-2020), récompensé pour l’ensemble des services rendus à l’assurance en Afrique, dans la zone CIMA et au-delà. Une reconnaissance qui salue un parcours d’exception : commissaire contrôleur de la CIMA, cofondateur d’Aveni-Ré à Abidjan, professeur à l’Institut International des Assurances (IIA) de Yaoundé, membre de la Commission Régionale de Contrôle des Assurances et du Comité des Experts de la CIMA, administrateur de sociétés, Directeur général de la SEN-RE, six ans dans le Bureau exécutif puis six années de leadership à la tête de la Fédération, période charnière au cours de laquelle le secteur a connu ses réformes les plus structurantes ;
- Seybatou Aw, distingué pour son impact dans le secteur de la réassurance en Côte d’Ivoire, où il est le fondateur et P-DG d’Aveni-Ré, une compagnie qui vient de fêter ses vingt ans et qui se développe, rayonne et s’impose comme un acteur de référence sur le marché africain. Preuve que l’expertise sénégalaise sait essaimer et fructifier bien au-delà des frontières nationales.
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